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Guy LI

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Je ne vous aime pas, vous êtes trop curieux(se). De toutes façons, je n'aime personne et on me le rend bien. Je sens des pieds mais rassurez vous je me lave tous les ans (les années bisextiles). Qu'est ce qui se passe ?
Dans l'espace...
C'est quoi ce foutoir !!!
Quand est ce qu'on mange ?
C'est pas encore l'heure ?
Ca sent pas un peu des pieds, ici ?
Ca me fatigue...
Y a pas d'eau chaude !!!
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Julien RDwrote:
Hello, un vieux "compagnon de blog" qui passe dans le coin et tombe sur ce nouveau livre d'or. :-)
Porte-toi bien, à+
Ju²
Apr. 9
Laune 2910wrote:
Je passe sur ton blog par hasard, mais y a t-il des hasards.
Je salue ton courage.
La vie est belle.
Amitiés
Laune
Aug. 10

22 Ans d'alcool, construction en cours...

November 01

La Vie...

01/11/09.

 

"Tu sais tout de ton alcool, grand bien te fasses... j'aimerai être comme TOI aussi SÛR de MOI et me dire "l'alcool, c'est plus pour MOI" et BASTA, fini la déglingue, le no'man land, la déprime KATA, la grosse de "je te dis pas", la grosse déprime des "aprés" de ceux que je veux pas mais seulement ils existent, il est là et je ne peux pas y faire grand chose sauf de dire "tu me fais CHIER ALCOOL que j'abjecte et qui me rend si impuissante" cela pourrait-peut-être, être une "prière" un "dis" de tous les jours, pourquoi pas après tout, qu'en penses-tu?...: ICH BIN au bout du rouleau... je vais faire...!!!".

 

Amie,

 

C'est le commentaire que tu me déposes. Merci…

 

A cela, je te répondrais ceci :

 

Quand tu n'as plus rien à perdre, quand tout te semble "bouché, fermé" et que tu penses que tu ne viendras pas à bout de ton alcool, au lieu de penser à une solution plus que discutable et inacceptable, essaie plutôt ceci : Arrête de consommer…

 

C'est sûr, la solution de facilité serait la fuite. En finir… C'est ça ? Baisser les bras, se dire que tout sera plus paisible après.

 

Trop facile, trop facile de baisser les bras et partir. Quelle différence entre en finir définitivement avec l'alcool et la Vie et en finir définitivement avec l'alcool ?

 

La différence, outre ce que je t'ai dit dans les précédents billets sur tes proches, c'est que dans la seconde solution, il te faut plus de courage, plus d'abnégation que tu n'as jamais eu. Pas facile, c'est vrai.

 

Tu penses que la Liberté, Ta Liberté est précieuse ? Mérite là, accepte de souffrir, Accepte de retourner en cure pour arrêter et en finir une fois pour toute avec ton alcool.

 

En faisant cela, tu feras une croix sur une partie de toi-même. C'est aussi un peu mourir en quelque sorte.

 

En finir avec la Vie, c'est répondre par le néant. Plus rien à dire, plus rien à faire, et si c'est à cette extrémité que tu penses, il vaut mieux continuer de boire, consommer et Vivre. Mais ça, je te l'ai déjà dit aussi…

 

A Toi de voir, A Toi de décider, Amie.

 

 

 

 

October 10

Tout est dit...

 

10/10/09.

 

Tout est dit…

 

Je crois avoir fait le tour de la question, je crois t'avoir tout dit de ma façon de voir ton alcool. Je ne crois l'avoir pas fait avec tendresse, ni avec haine.

 

Cela a été difficile de te dire ton alcool. Plus à toi qu'à d'autres camarades, plus à plus à Toi qu'à d'autres parce que ton alcool ressemble tant au mien. Dans ta manière de voir les choses, le monde et les gens, je me suis complètement retrouvé quelques années en arrière.

 

Tu sais désormais presque tout de ton alcool. Du mal que nous faisons par omission, par une soif de pseudo-Liberté (la liberté de boire) dictée par notre dépendance à l'alcool, tu sais tout maintenant de notre potentiel de destruction et des raisons d'arrêter notre alcool.

 

Maintenant tu sais vraiment ce que nous faisons à ceux que nous aimons, ce que nous nous faisons à nous-mêmes, de nos pulsions morbides. Je sais… Tu sais…

 

Il n'y a plus rien à dire.

 

J'espère qu'un jour tu croiras en la Force qui sommeille en chacun d'entre nous, en ta Force.

 

Un jour peut-être…

 

Réfléchis, Amie.

October 07

Je sais...

O7/10/09.

 

Je sais…

 

A peine rentrée de sa journée de travail, X reçoit un appel. C'est une de ses amies qui l'appelle pour lui annoncer qu'elle a absorbé une quantité incroyable de médocs. Ca ne fait pas un pli…

 

Plus tard pour les enfants, plus tard pour le reste aussi d'ailleurs, le contre la montre est parti. Ce sera la course, la course pour doubler ces voitures qui ne vont pas assez vite, la course pour passer au vert, trop tard pour celui-ci, il était orange très foncé…

 

Quand elle arrive, l'amie en question est déjà "partie", elle ne répond plus au téléphone. Il faudra trouver quelqu'un pour ouvrir la porte de la première enceinte de la résidence, puis trouver une autre personne pour ouvrir la porte à digicode de l'immeuble.

 

Arrivée en haut, il lui faudra hurler, tambouriner à la porte pour finalement prendre la décision d'appeler les pompiers. Minutes, longues minutes d'angoisse… Ai-je bien fait ? Peut-être qu'elle est juste partie faire des courses ? Mais non, j'entends son portable qui sonne quand je l'appelle…

 

Les pompiers (trois) appelleront à leur tour la police. La police (deux) et les pompiers défonceront la porte.

 

Et… X n'aura plus rien à dire si ce n'est pleurer en silence.

 

X se posera longtemps, très longtemps la question.

 

Et si ???

 

Toi qui sais tout de ton alcool et des dérives suicidaires qu'il entraine chez Toi, seras tu là pour répondre aux questions de ton Amie, de tes Amis le jour où ils arriveront trop tard ?

 

Toi qui sais tout de ton alcool…

 

Cette nuit-là, il y  a eu Trois pompiers, une équipe du samu (cinq), quatre amis. C'était hier. La dernière fois, il y avait six amis, trois pompiers, deux policiers, une équipe du samu (trois), c'était il y a deux mois. Même raison, même punition…

 

Aujourd'hui, tu es en vie.

 

L'Amitié, c'est un partage. L'Amitié, c'est un va et vient fait d'attentions délicates, de franchise et d'honnêteté. Un va et vient… Je ne vois rien d'autre que de prévenantes attentions qui ne vont toujours et seulement que dans un seul sens. Rien d'autre pour l'instant.

 

Toi qui sais TOUT de ton alcool, réfléchis bien.

October 04

Choix...

 
4 octobre 09.
 

Choix…

 

Cinq ans que je suis sorti d'alcool, presque cinq années que je fréquente ce mouvement d'anciens buveurs, je vois des personnes solides, d'autres moins, d'autres "encore dedans" dans leur recherche d'abstinence.

 

Ce matin, un ancien membre de la section est revenu sur une permanence. Il continue à consommer mais il est persuadé de contrôler. Il nous parle de son alcool "contrôlé", certains d'entre nous l'écoutent, tentent de le raisonner. Je coupe court, cela fait des années qu'il nous tient ce discours "je gère…".

 

Je lui explique que son choix de Vie est fait et que nous avons fait le nôtre, de choix. Par manque de temps, je coupe court. Parce que d'autres que lui dans cette permanence avaient besoin d'aide, de parler aussi, de leurs doutes et angoisses, j'ai coupé cet homme dans son discours.

 

Pas le temps de négocier, pas le temps de parlementer pour de toutes façons se retrouver face à un mur : "j'ai fait mon choix, je gère…". L'arrêt de l'alcool est un combat difficile, à mener dans l'urgence. L'urgence parce que nous passons très vite de l'envie d'arrêter à l'envie de reprendre.

 

Alors pour ces deux femmes qui sont venues aujourd'hui trouver les motivations pour rester abstinentes, j'ai coupé court à la discussion avec cet homme si bien ancré dans sa certitude de pouvoir gérer son alcool.

 

Peut-être aurais-je dû l'écouter et essayer de parlementer, peut-être… Peut-être est-il venu simplement trouver un certificat de présence à nos réunions pour son passage prochain au tribunal, peut-être…

 

Je vois des camarades qui croient tout connaitre de notre p…. de maladie, des changements de comportements que notre maladie engendre en nous. Je vois et j'entends. Quelles sont les "adaptations" appliquées lorsqu'ils/elles boivent et que cela engendre les altérations (Tentatives de suicides, agressivité, dépression) de leurs comportements sous leurs alcools ?

 

C'est un choix de Vie. C'est ce que je t'ai dit, Ami qui "gère si parfaitement ton alcool". Pourquoi te retrouves tu pour la énième fois devant le tribunal ? Et pour toi, Amie, pourquoi es tu si agressive vis-à-vis de tes camarades de l'assoc…

 

Avez-vous trouvé la contre mesure de vos alcools ? Avez-vous trouvé la solution pour boire et contrôler les effets pervers et noirs de notre alcool ?

 

Pas de temps à perdre, pas de temps à discuter avec vous qui êtes si bien de vos certitudes. D'autres sont venues et d'autres viendront, moins sures d'elles mais plus ouvertes à l'idée que la Vie sans alcool peut être belle.

 

Pas d'excuses à présenter, nous sommes tous responsables de nos actes. Toi en "contrôlant", Moi en écourtant ton temps d'intervention dans une de nos permanences pour laisser à d'autres leur besoin de s'exprimer, de partager.

 

Camarade, Amie, je respecte vos choix. Respectez le mien, le nôtre…

 

May 30

Elodie...

Elodie…

 

Bonsoir,


Vos textes me font du mal. J'ai 24 ans je me marie dans trois mois, mon père est alcoolique. Mes parents ont divorcé il y a maintenant 9 ans tout s'est passé pour le mieux. Nous arrivions à nous voir tous en famille avec mes parents réunis sans aucune bagarre. Nous somme 4 enfants, 3 filles et 1 garçon. Nous n'avons jamais demandé à notre père d'arrêter de boire. Malgré plusieurs tentatives à lui faire comprendre qu'on l'aime fort et que son plus beau cadeau serait qu'il arrête de boire. il a choisi sa vie comme vous le dites, il a préféré se réfugier dans l'alcool que de voir grandir ses petits enfants. Depuis que je suis petite, j'ai connu la peur de devoir appeler les voisins car mes parents se disputaient tellement fort que ça se finissait avec un couteau à la main et ma sœur entre les deux. Alors certes, il a choisi sa vie mais vous ne trouvez pas cela dur pour des enfants ?? Je vous dis tout cela ce soir car mon petit frère qui vit avec mon père nous a appelé ce soir pour nous dire que mon père allait se faire expulser de son appartement donc je cherchais à savoir comment le placer sous curatelle, puis je lis vos textes et je m'aperçois que vous nous traitez comme des coupables de foutre votre vie en l'air alors que la mienne na jamais été très joyeuse. Si je veux placer cette homme sous curatelle ce n'est pas pour l'empêcher de boire c'est juste pour le garder en vie et que je puisse être, malgré tout cela, fier qu'il rentre à mon bras le jour de mon mariage. Et lui il s'en fout. Quand pensez-vous ? Qui est cruel dans tout ca ?? Moi sa fille qui veut juste garder mon père auprès de moi ou lui qui continue à boire ????

 

Elodie.

 


 

Elodie…

 

Je reçois ce commentaire d'une lectrice qui cherche à mettre son père sous curatelle pour le préserver de lui-même et de son alcool. Je suis contre la curatelle, je l'ai dit dans ce blog. Contre, parce que je crois à notre faculté à nous ressaisir nous même, à notre faculté à nous relever pour combattre notre alcool. Je crois en l'Homme.

 

En ce qui concerne la recherche de cette lectrice, je ne peux lui donner la procédure et d'ailleurs elle ne me le demande pas. Par contre, je peux répondre aux questions qu'elle me pose….

 

Lorsque j'ai ouvert ce blog, je l'ai voulu ouvert à tous. A tous les questionnements, à toutes les critiques aussi, c'est dans cet esprit que j'y réponds.

 

Ce blog fait mal. C'est surement vrai parce que je l'écris avec ce que j'ai vécu et continue à vivre avec les camarades que j'accompagne. Parce que presque tout dans la maladie alcool (ma maladie pour la Vie) est glauque et noir. De notre descente au fond à notre fin (tragique et/ou douloureuse), en passant par la solitude d'une Vie et surtout tout ceux que nous détruisons. Tout notre alcool n'est que misère, déchéance, solitude.

 

Presque tout est noir… Mais c'est une maladie que nous pouvons enrayer nous-mêmes, il y a de l'espoir et ce, pour tous les malades.

 

Oui, j'espère que ce blog fait mal. Parce que ces mots ne sont rien par rapport au malheur qu'engendre notre alcool. Combien de proches ont souffert, trop souffert ? Je suis désolé que vous ayez pris cela pour vous, Elodie. Mais quand je parlais de camarades qui préconisent la curatelle pour un des nôtres, il s'agit de camarades de l'association et non de proches (membres de la famille du malade).

 

En aucuns cas, je ne crois que les proches soient coupables de notre alcool. Nous buvons, avons bu, c'est notre responsabilité et non celle de nos proches ou de je ne sais quelle "bonne raison". Alors si vous avez cru être la raison de l'alcool de votre père, ne le croyez plus et persuadez vous-en si ce n'est pas déjà fait.

 

Pour le reste, il serait bien que vous rencontriez une association d'anciens buveurs qui intègre les proches des malades alcooliques. Vie Libre accueille les malades alcooliques, les proches des malades alcooliques aussi. En tant que proche de malade, vous y trouverez peut-être le moyen de mieux comprendre votre père.

 

En le comprenant mieux, vous trouverez peut-être le moyen de l'amener à communiquer avec lui. Peut-être viendra t-il même assister aux réunions…

 

Il existe d'autres mouvements d'anciens buveurs. Peu importe leurs noms, ce qui importe c'est que vous vous y sentiez bien et surtout que vous y trouviez l'aide dont vous avez besoin pour aider votre père à se sortir de sa maladie.

 

Dans la maladie alcool, que vous soyez proches de malade alcoolique ou malade alcoolique, il est très important de ne pas rester seul. Des associations existent, profitez de leur expérience.

 

N'hésitez pas à me contacter directement sur mon mail : guy_li@hotmail.fr

 

Adresse du site Vie Libre : www.vielibre.org

 

Amicalement,

 

Guy.

May 23

Seuls...

23/05/09.
 

Ami,

 

Addiction : État de besoin vis-à-vis d'une drogue ou d'une pratique (jeux, achats compulsifs...) qui marginalise l'individu et le met en souffrance.

 

Durant 22 ans, j'ai été accro à l'alcool. Au début, c'est un plaisir. Convivialité, ivresse, déshinibition, quel plaisir de boire !!! Vraiment…

 

A l'armée, je buvais une demi-bouteille de Bourbon par jour. Quand la "quille" s'est approchée, mon seul souci a été de savoir comment j'allais pouvoir boire tout cela à la maison avec Maman et Papa à côté. Heureusement, je me suis repris.

 

Le temps s'est écoulé. Les doses ont augmenté. Chaque jour, il m'en fallait un peu plus, pas beaucoup plus mais un peu plus… Après des années, ma consommation était devenue faramineuse. Il n'y avait plus pour moi qu'une chose de vraie : mon alcool.

 

J'ai détruit, j'ai certainement tué aussi avec mon alcool. J'ai tué mes proches, ma Famille. Et oui, rien ne comptait plus que mon alcool et peu importe ce que pensaient les personnes qui m'aimaient vraiment. C'est mon alcool, c'est ce que j'ai fait, ce que j'ai été et ce que je peux redevenir si je fais le MAUVAIS choix.

 

Aujourd'hui, il t'en faut un peu plus chaque jour. De cette dose d'adrénaline, de cette impression de vivre plus fort les moments que tu consacres au jeu, à TON jeu comme moi avec l'alcool, MON alcool.

 

Aujourd'hui, comme moi hier avec MON alcool, plus rien ne compte plus pour toi que TON jeu. J'insiste bien sur le fait que pour toi comme pour moi, il ne s'agit pas d'alcool ou de jeu mais bien de MON et TON ADDICTION. Toi aussi, tu es accro, addict au jeu.

 

Savoir que cette addiction est tienne à son importance.

 

Pour ma part, j'ai arrêté de boire le jour où j'ai atterri aux urgences à Pontoise. A vomir un mélange de bile et de sang durant plus de 48 heures, j'ai été admis aux urgences. Ce jour-là était le dernier pour moi.

 

Le dernier jour de ma vie, je l'ai vécu comme cela. En regardant Papa, Quang et Maï qui était venu m'accompagner, je me suis souvenu de tout ce que j'avais manqué de faire dans ma Vie. Tout ce que mon alcool m'avait laissé passé, tout ce que mon alcool avait détruit et la pauvre merde que j'étais devenu…

 

Je ne suis pas mort ce jour-là… et depuis j'ai décidé d'arrêter de boire et je m'y tiens coûte que coûte même si des fois, les aléas de la Vie m'y font penser. Un jour peut-être, je ferai le mauvais choix. Je souhaite que ce jour n'arrive jamais.

 

Les médecins, les psy m'ont appris que l'alcool est une addiction, une maladie. De cette "maladie", nous sommes nous même et pour nous même le seul médicament valable. Pour mieux comprendre les mécanismes de cette addiction, j'ai rencontré des gens. Ces gens qui sont pour la plupart devenus des amis, amies font partie d'une association d'anciens buveurs.

 

Voilà une petite partie de mon histoire, je garde le plus noir pour moi. Cela ne regarde que moi et ma conscience.

 

Ton histoire est pratiquement la même. Substitue Alcool par jeu. Et tu te reconnaitras peut-être.

 

Voilà comment je vois notre avenir pour nous autres, addictos.

 

A force de tromper, mentir pour assouvir notre addiction, nous blessons nos proches. Trop souvent, nous dirons que c'est la dernière fois, trop souvent nous le dirons à nos proches mais pire, à nous même et trop souvent nous y retournons, pour toi c'est le jeu, pour moi, c'était l'alcool. Et pour nous, alcooliques, nous nous retrouvons seuls. Plus de famille, plus d'amis, seuls…

 

Pour assouvir notre addiction, nous oublions tout. Tout ce qui est utile à notre survie. Les échéances à payer, nos obligations professionnelles, etc, etc… Ce qui nous conduit au caniveau, plus de boulot, plus de logement, plus rien. Nous devenons SDF et SEUL.

 

Il arrive un point où l'on se fout de tout sauf de NOTRE addiction, notre besoin que l'on croit à TORT, vital. Quelque soit la situation dans laquelle tu te trouves, arrête toi et fais le point. Réponds à ces questions, je n'ai pas besoin de ces réponses, elles sont là juste pour Toi.

 

Peux-tu te passer de jouer sans éprouver un manque ?

Imagines-tu la Vie sans jeu et la dose d'adrénaline, de stress qu'il génère ?

Peux-tu t'arrêter de jouer maintenant ? Si oui, qu'est ce que tu attends pour le faire ?

Crois tu que c'est parce que tu as des dettes que tu dois jouer ? Si oui, le crois-tu vraiment ?

 

Si tu as été honnête avec toi-même et encore une fois, les réponses sont pour toi et non pour moi, ni même pour quiconque d'autre, tu vois que tu es accro au jeu.

 

Papa a dû te passer l'adresse d'un centre d'addictologie à Paris, va les voir et fais le point avec eux. Essaie, si tu entames cette démarche, de rencontrer tes semblables dans une association d'anciens joueurs.

 

Le prix à payer pour notre addiction est lourd. C'est l'Amour que te porte Ta Famille, tes Amis, le reste n'est rien. C'est juste du matériel parce que finalement lorsque nous crevons, nous sommes seuls.

 

Et oui, nous ne mourrons pas, nous crevons comme des bêtes. Parce que lorsque nous sommes à la fin de notre vie (de merde) d'addiction, nous sommes définitivement seuls. Crois-moi, j'en ai vu des copains mourir seul et j'en ai entendu des oraisons funèbres "à la con", bilan de vie de merde.

 

Pour finir, tu es ton seul remède à Toi-même. C'est juste une question de réflexion et de choix.

 

Juste une question de choix de Vie, Ami.

 

Tu peux compter sur Ta Famille pour t'épauler si tu décides de t'en sortir, il te suffit de faire le bon choix, de te reconnaitre aussi "accro" au jeu (même si cela est très difficile).

 

Guy.

May 06

Présent, Passé…

06/05/09.

 

Présent, Passé…

 

Il saisit une bouteille de gin vide, nous la montre, puis la jette à travers la pièce. Cela fait bien dix minutes qu'il vide son sac, qu'il énumère les égarements de sa compagne dans l'alcool. Il finit par nous raccompagner en s'excusant de nous avoir tout dit, tout en nous disant combien il regrettait de nous avoir invité chez lui,  en éructant une nouvelle fois contre l'enfer qu'il vit, qu'ils vivent.

 

Il en veut au monde entier. Je le comprends… Il est presque au bout du rouleau.

 

Cela me renvoie quelques années en arrière. Je revois le désarroi de ma Famille lorsque j'étais dans mon alcool. Je revois mon père saisir mes "cadavres" et les jeter. Je suis "dans le bain", je sais exactement ce que va me dire cet homme parce que ce qu'il me dit sur sa compagne, mes proches me l'ont dit aussi il y a quelques années.

 

J'en éprouve un malaise, ces vérités que nous nous prenons en pleine gueule me renvoient dans un passé que j'aimerais ne pas trop remuer. Ne pas oublier son passé mais continuer à vivre et avancer… C'est un peu beaucoup ma devise. Mais là, je suis dans le bain.

 

Je lui propose de venir assister à une permanence de l'association, il m'assure que non, il ne viendra pas. Il prend tout de même soin de nous demander le lieu et l'heure de la prochaine. J'ai espéré le voir venir, j'ai espéré, pour lui, pour sa compagne "encore dedans", pour nous aussi, qu'il vienne.

 

Que nous ayons l'occasion d'échanger nos points de vue, histoire de peut-être changer sa vision du problème et de nous, mieux comprendre le point de vue des proches.

 

Il n'est pas venu.

 

Je sais plus encore qui j'ai été dans l'alcool, je sais ce que je suis devenu hors d'alcool.

 

Je sais et je n'oublie pas hier.

May 03

Comment te dire...

03/05/09.

 

Comment te dire ?

 

L'Amitié nous amène à faire des compromis, compromis sur nos propres travers, sur les travers de nos Amies(is). L'Amitié nous fait mieux accepter nos différences. Aimer d'Amitié, c'est aussi craindre de perdre ses Amis.

 

Amie, que je respecte, je te vois re-sombrer dans notre enfer, dans notre Alcool. Et je suis là, bras ballants…

 

Te le dire et risquer de perdre une de mes amies, ne pas te le dire et te voir tomber… Que faire ? Je croyais pouvoir dire les vérités, toutes les vérités, rester intègre, entier. Sans compromis.

 

Femme de caractère, certains diront même de sale caractère, je n'ose pas te dire la Vérité, ton actuel état.

 

Je sais que tu sais que nous voyons ta chute.

 

Je réfléchis, tourne la question dans tous les sens et pour une fois, je ne sais pas quoi dire, quoi faire… Ce n'est pas comme si j'accompagnais, parce qu'avec Toi, je n'accompagne pas, j'espère juste mériter ton amitié.

 

L'Amitié, c'est aussi la Confiance. Avoir confiance… Dans nos alcools, nous savons que c'est difficile. L'alcool sera-t-il le plus fort ? La Femme ou l'Homme sera-t-il plus fort que son Alcool ? Bien malin qui saura le dire, mon Amie.

 

Alors je temporise, je me dis que mon Respect à ton égard me force à ne rien faire. Te le dire, c'est risquer de perdre ton Amitié et cela me couterait, comme cela couterait à nombre de tes Amis sincères.

 

Comment te dire ?

 

Je fais confiance pour l'instant… Je te fais confiance pour l'instant et me dis que tu vas te reprendre, que tu vas reprendre ta vie en main. Parce que je crois en Toi…

 

Ne tarde pas, mon Amie.

 

Ne tarde pas parce que je sens venir le moment où je te dirai cette Vérité, mon amie.

 

J'ai confiance et j'attends…

 

Avec toute mon Amitié.

March 30

23... 26 avril 2001...

23… 26… avril 2001.

 

Je ne sais plus, je ne sais pas.

 

Dans mon alcool, il n'y avait plus de dates. Plus d'anniversaires, tous mes souvenirs me semblent brouillés, comme dans un brouillard.

 

Ce soir, nous rentrions de la boite. Comme tous les soirs, sauf que ce soir-là, il y avait un véhicule de pompier devant chez nous. Nous avons su. Nous savions mon frère et moi.

 

Le jour où ma mère est partie, je ne le sais plus, je ne le sais pas.

 

J'espère qu'un jour, je trouverai le courage de le demander aux miens. Que j'aurai cette réponse, savoir quand les siens sont nés et quand ils sont partis. C'est important.

 

Je ne le sais pas.

 

Un jour peut-être…

 

23, 26 ? …

October 15

Hallucnations...

13/10/08.

 

Hallucinations…

 

Faut que je trouve cette radio qui passe toujours la même chanson, je l'aime bien cette chanson… Mais depuis ce matin, cela passe en boucle.

 

J'ai froid et chaud. Qu'est ce que cette chambre est noire et froide, j'ai faim, j'ai sommeil et je suis fatigué. P…. de chanson, si je trouve cette P… de radio, je lui apprends à voler.

 

Qu'est ce que c'est que ce truc qui bouge au fond de la chambre ? Ca a des poils et des pattes. Je n'ai jamais rien vu de semblable. Il semble qu'ils sont deux maintenant. Je ne les regarde pas en face, ils le sentiraient, c'est sûr. C'est ce que l'on dit souvent, ne regarde pas la tête, regarde un point du corps et l'ennemi ne le sent pas.

 

Pourvu qu'ils ne me voient pas, pourvu…

 

Je me rendors ou me réveille, je ne sais plus où j'en suis. Je sais que mes parents, mes frères aussi sont venus me voir. Ils s'inquiètent, je ne veux pas qu'ils me voient si mal, je les envoie systématiquement sur les roses.

 

La musique s'est arrêté, il fait toujours aussi noir, j'ai toujours aussi faim. Je me sens vraiment mal, j'ai peur, j'ai envie d'appeler. Je ne le fais pas… "Ta merde !!! C'est Ta Merde, Guy". Je n'ai pas appelé, je n'ai pas parlé de ces deux gros trucs que je n'ose pas regarder en face.

 

Que ces cinq mètres qui me séparent de la salle de bain (mon point d'eau) me paraissent long, je n'ai bu que de l'eau durant ces quinze jours. J'ai mangé un peu, tard dans la nuit, quand tout le monde était allé se coucher. J'ai rendu beaucoup.

 

Quand je suis allé chez notre médecin de famille, il m'a appris qu'il ne fallait jamais s'arrêter seul. Que l'alcool est une maladie, qu'il existe des soins, des médicaments pour s'en guérir.

 

Cela m'a pris quinze jours, quinze jours où la réalité, l'imaginaire se sont mêlés. Heureusement que je suis un "bœuf", heureusement parce que je ne sais pas si mon intégrité mentale n'en aurait pas été affectée si je n'avais pas décidé arbitrairement de ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas.

 

Mon abstinence a duré un an et demi. Et à l'heure où parait ce vecteur, il y a quelques années, j'avais décrété que je méritais bien ce petit verre pour fêter la fin d'année…

 

 

 

September 14

Randonnées...

24/08/08

 

Randonnées…

 

Dans le mouvement d'anciens buveurs que je fréquente, on organise des loisirs. Alors les loisirs, cela va de la soirée Loto au réveillon de fin d'année. Ce qui est assez marquant dans tous ces loisirs, c'est la Paix qui s'en dégage.

 

Dans d'autres soirées, "chez les normaux", il y a toujours un peu de tension, ne serait-ce que par la tenue vestimentaire. Dans certaines de ces soirées là, chacun se jauge, se toise, apprécie ou plutôt tente d'apprécier le nombre d'euros supposé de l'autre…

 

Ici, pas de comparaison, un lien commun nous unit, l'alcool, notre maladie. Les valides accompagnant les "encore dedans" sans jugements. Les mots échangés sont vrais même si des fois ils paraissent un peu durs, mais ce sont toujours des mots d'Amitié.

 

En randonnée, c'est encore plus saisissant. Les copains qui peinent sont toujours épaulés par ceux qui vont mieux. Personne n'est laissé à la traîne. Le groupe attend toujours celle ou celui qui peine.

 

J'ai rarement manqué ce rendez vous presque mensuel. Souvent nous avons été confrontés à des intempéries et aussi à des terrains peu propices à la randonnée. Nous n'avons jamais annulé une randonnée pour mauvais temps. Un peu comme si ce qui avait été décidé devait être fait, coûte que coûte... C'est ce que chaque alcoolique a réalisé lorsqu'il a fait son choix du non-alcool, faire ce qu'il a décidé, coûte que coûte.

 

En un peu plus d'un an, nous avons eu trois problèmes lors de ces randonnées. Le premier a été une copine qui s'est trouvée mal parce que s'étant alcoolisée la veille, elle avait tenu à venir. En milieu de randonnée, après dix kilomètres, la copine a été prise de tremblements incontrôlés. Crise de tétanie nous a t-elle dit. Nous avons pris le temps, l'avons entourée puis elle est repartie et a fini la randonnée.

 

Tu te seras certainement reconnue, pour cette randonnée comme pour l'alcool. C. tu peux faire exactement ce que tu veux. Fais le.

 

Une autre fois, nous étions partis sur une randonnée de quatorze kilomètres. Météo prévue, petites averses et grosses éclaircies. Nous sommes partis avec un équipement léger. Imperméable, coupe vent léger, blouson ou anorak, la plupart d'entre nous n'étaient pas équipés pour une randonnée de trois à quatre heures sous une pluie battante.

 

Après six kilomètres, il s'est mis à pleuvoir. Au bout d'une heure et demi, il pleuvait encore. Pas un crachin de rien du tout mais une pluie avec de grosses, grosses gouttes qui mouillent bien. Il y avait parmi nous deux enfants. Ils ont été courageux, ces deux-là. Pas une plainte, pas une larme, rien. Dès que nous avons trouvé un lieu pour aménager un abri de fortune pour eux, le groupe s'est arrêté.

 

Ceux qui sont restés, se sont occupés de leur bien-être pendant que quelques uns d'entre nous étaient allés chercher trois voitures pour ramener le groupe.

 

Dans l'alcool, dans notre groupe, c'est un peu cela aussi. Tu veux t'en tirer, le groupe est là pour Toi. Tu tombes ou tu es mal, le groupe est là pour Toi pour peu que tu acceptes son aide.

 

Lors d'une randonnée de nuit, un copain était à la peine. Pour le soulager, deux autres ont entrepris de lui fabriquer un bâton de marcheur. C'est en coupant une branche pour le lui confectionner que nos deux compères se sont fait attaquer par une nuée de "on ne sait pas quoi, vu qu'on n'y voyait rien…".

 

Le copain a eu son "bâton de pèlerin" et les deux compères bucherons sont repartis un peu boursoufflés. Quelques kilomètres plus loin, un des deux copains piqués a été pris d'un malaise. Le groupe s'est arrêté.

 

Les réactions ont été rapides. Tandis que l'un d'entre nous appelait les pompiers, deux copines empêchaient l'ami de perdre connaissance. Deux autres partaient pour récupérer une voiture et indiquer notre emplacement exact à la gendarmerie si besoin était.

 

Le tout s'est fait sans concertation aucune. Chacun a agi rapidement sans perdre de temps en discussion, naturellement.

 

C'est le reflet de notre groupe. Nous prenons soin les uns des autres du mieux possible.

 

Quand je pense aux copains, quand je pense qu'un jour je serai obligé de les quitter (parce que la Vie et les objectifs que chacun d'entre nous se donne nous oblige à faire des choix), j'ai une boule dans la gorge.

 

Ami qui recherche une amitié simple mais forte, tu sais maintenant à quelle porte frapper…

 

 

 

July 26

Interim...

26/07/08.

 

18 décembre 2006, je reprends mon ancien travail pour éponger les dettes de ma société. Je ne savais pas où j'allais, je ne savais pas si les dix ans passés en informatique allaient être un handicap trop difficile à surmonter. Si j'allais pouvoir rattraper ce retard technologique…

 

Ma première mission a été un poste d'encadrement dans une concession Mercedes de la région parisienne. Diriger une équipe difficile dans une entreprise où les conflits étaient latents. J'ai accepté parce que pour la société d'intérim, c'était une manière de tester ma motivation et pour moi, je n'avais pas le choix.

 

La mission s'est achevée par une proposition de CDI. J'ai décliné la proposition parce que je pouvais gagner plus ailleurs. J'avais alors des dettes et des échéances, tenir mes échéances, tenir mes engagements.

 

Les suivantes se sont toutes déroulées de la même manière. Courte mission d'intérim et proposition de CDI, c'est bien d'être apprécié. C'est dommage de ne pas l'être assez financièrement…

 

Durant toutes ces missions, j'ai rencontré pratiquement autant de personnes que dans mes treize années de mécanique poids lourds. J'ai pu observer les comportements des uns et des autres que ce soit dans l'encadrement ou chez les ouvriers.

 

Ce qui m'étonne, c'est que les gens se compliquent la Vie si facilement. Que certains, pour peu qu'ils aient un peu de responsabilité, se prennent pour "les rois du pétrole". A côté de cela, je ne retiens que ceux qui ont les gestes simples de solidarité au travail, dans l'effort (la mécanique poids lourds n'est pas un métier facile).

 

Je ne retiens que ces hommes qui se donnent la peine de t'aider alors que rien ne les y obligent, simplement parce qu'ils savent… que ce métier n'est pas facile et qu'il est encore plus pénible pour un intérimaire parce presque personne n'aide l'intérimaire, vu qu'il n'est qu'une "pièce rapportée".

 

Par rapport à avant, à mes 22 ans d'alcool, je me suis "assagi". Je regarde les événements avec une certaine distance. J'agis avec plus de mesure mais suis plus radical dans mes actions. Je tranche… net.

 

J'avance et construit, pas assez vite à mon goût. Mais j'avance…

 

Mon choix du non-alcool m'apparaît jour après jour être le tournant de ma Vie, l'ouverture vers une autre vision de la Vie, une autre vision des autres. Encore une fois, la Vie n'est pas plus facile en arrêtant de boire mais plus simple.

 

Ami qui hésite encore, essaie, de toutes façons, tu n'as rien à perdre…

March 02

Tutorat, parrainage…

02/03/08.

 

Tutorat, parrainage…

 

Dans l'alcool, nous accompagnons des camarades "encore dedans". Nous devenons souvent des confidents privilégiés, témoins de leur détresse. Dans cette action, nous écoutons, prenons parti (parce que c'est ainsi, nous ne sommes pas des machines) et bien souvent, nous pouvons développer un genre de paternalisme.

 

Cela se traduit par des mots presque anodins. "Mon, mes malades…", "il, elle…" pour s'adresser à une personne accompagnée… Une absence de dialogue avec le copain encore dedans… Plein de petites choses qui me gênent, parce que s'adresser de la sorte à un des nôtres, c'est oublier d'où l'on vient et surtout où l'on peut retourner.

 

J'ai toujours considéré le copain encore dedans comme un individu à part entière. Malade certes, mais responsable de ses actes, je me suis toujours insurgé contre les mise en curatelle, tutelle qui sont de mon point de vue une atteinte à notre Liberté.

 

Comme je l'ai souvent dit dans mon blog, nous sommes responsables de nos actes. Quand nous prenons notre premier verre de la journée, nous sommes responsables de ce qui découlera de cette décision.

 

L'arrêt de notre alcool est un combat pour la Liberté. Avoir un tuteur, un parrain, c'est comme avoir une chaîne en plus. Notre rôle de militant est de témoigner, par notre simple existence, par l'expression de notre vécu lors des permanences. Accompagner, c'est amener l'autre à réfléchir sur son alcool, l'amener par le dialogue, par l'exemple aussi à décider de ne plus boire.

 

Accepter de devenir la référence pour l'autre est malsain. L'alcool nous détruit, annihile notre personnalité, notre volonté. Apprendre à Vivre sans, c'est se reconstruire, renaître. L'individu doit faire ce travail seul. Trouver ou retrouver sa personnalité sans la calquer sur d'autres, c'est SON combat.

 

Malade alcoolique, alcoolique, nous le serons à Vie. La seule différence entre un copain encore dedans et moi, c'est le temps, le moment. Un peu comme si l'on prenait une photo de nos Vies au hasard du temps, à un instant T, je peux être dans l'alcool. A T moins deux ans, je suis hors d'alcool. Et T plus deux ans, je suis hors d'alcool, par exemple.

 

La limite entre hors d'alcool et encore dedans est si ténue que je préfère me considérer comme alcoolique en rémission. Les personnes que j'accompagne sont des alcooliques comme moi mais à une autre période. Que je peux, si je décide de changer de route, revenir à ma phase "dedans".

 

Je me garde bien de faire la "pige" aux uns et aux autres, je préfère témoigner, informer des risques de l'alcool sur nos destins. Je n'interviens dans la Vie de l'Autre que s'il me le demande expressément ou s'il y a danger pour d'autres.

 

Par respect pour la Liberté de chacun de choisir sa Vie, je n'interviens pas dans les décisions de mes camarades encore dedans.

 

Ami qui accompagne, reste humble dans ton action et souviens Toi de Toi à une autre période de ta Vie…

 

 

January 06

2...

2...
December 12

Aimé...

12/12/07.

 

Je me souviens de tes blagues un peu grivoises, je me souviens de tes sourires et airs entendus. Toujours le mot pour rire, toujours la juste mesure dans tes propos même dans tes moments de grande souffrance, tu trouvais la Force d'aider l'autre.

 

Que dire…

 

Rien à dire, il me semble.

 

Je préfère parler de Toi au présent. Ca me rassure de savoir que tu es encore là parmi nous.

 

Quand hier, nous avons appris la nouvelle de ton départ certains d'entre nous ont pleuré. Nous nous sommes silencieusement recueilli en pensant à Toi. Tu es présent parmi nous.

 

Merci d'avoir été là pour nous, Aimé.

 

Merci d'être encore là dans nos mémoires, pour longtemps…

 

Amitié Sincère, Aimé.

 

Au revoir, Ami estimé.

 

Guy.

 

November 19

Lendemains...

18/11/07.

 

Lendemains…

 

Je me lève ce matin. Je ne sais pas ce que j'ai fait hier, je ne sais pas… Juste une tête en choux fleur, juste le sentiment que quelque chose a dû se passer de grave, d'irrémédiable mais je ne me souviens plus…

 

Je guette les regards des personnes qui ont été présentes lors de la dernière soirée ou journée. Regard biaiseux de ma part pour sonder leur sentiment à mon égard, je ne me souviens plus… Ce sentiment d'incertitude, de honte, de solitude, de grande solitude, j'ai appris à ne plus l'avoir.

 

Reboire, reboire de nouveau pour ne plus rien éprouver, ni honte, ni solitude, c'est si confortable, si facile. J'ai appris à le renouveler tous les jours, toutes les nuits. Quel confort, plus de jugements à supporter, plus de regards désapprobateurs, juste Ma Bouteille et moi.

 

Tout ce qui n'est pas marqué n'a pas d'importance, je marquais sur un cahier tous mes engagements professionnels, tous mes "devoirs". Je n'oubliais rien. De ma vie perso, je ne consignais rien.

 

Cette vie sans issue, sans but, je l'ai "mené" dix ans. Pas de projets à moyens et longs termes, juste des tâches à accomplir et des bouteilles à chercher puis à vider.

 

Aujourd'hui tu es moi, Christiane. Moi à cette époque où comme toi, je ne savais pas quel jour on était. J'avais mon ordinateur pour me le dire. Comme Toi, je ne me souvenais plus des discussions de la veille (souvent animée ces discussions, d'ailleurs).

 

Aujourd'hui, 25 ans après mon premier verre, je vois le temps perdu, passé à essayer de me souvenir, à parler, à discuter de longues heures sans rien me souvenir le lendemain… J'ai mis 22 ans à le comprendre.

 

Comment te dire que ce temps ne se rattrape pas, que le temps que nous perdons dans l'alcool nous ne le rattraperons jamais. Comment te dire, Toi qui comprend ton alcool, qu'il est temps de s'arrêter et d'enfin Vivre.

 

Vivre la solitude, Vivre nos peines pour mieux goûter aux moments de Bonheur que nous offre la Vie. Accepter mais ne pas se résigner, être prêt à se battre de nouveau, chaque jour, encore et encore, Ton choix d'Abstinence te permettrait cela.

 

Aujourd'hui, Ton choix d'alcool t'interdit tout cela. Tu le sais.

 

Comment te dire, Christiane ?

 

Que notre Vie sans alcool n'est pas plus belle mais plus facile.

 

Amie encore dedans, regarde bien ce que tu perds dans l'alcool...

 

October 25

Randonnée...

25/10/07.

 

Randonnée…

 

Ce dimanche, il fait froid et humide. Le soleil s'est pourtant levé depuis au moins deux heures. On retrouve les copains de l'assoc. Un peu vasouillard pour certains, le plus souvent nous sommes contents, heureux d'être ensemble et/ou tout simplement heureux d'être là. C'est mon cas, je suis content (comme quoi, il m'en faut peu mais ça me suffit…).

 

Quinze kilomètres… Certains d'entre nous sont encore un peu dans l'alcool, d'autres non, le tout est un ensemble assez mal équilibré. Peu importe, nous sommes là. La randonnée commence, il fait froid 0°-1°C.

 

La colonne s'étire… et chaque fois s'arrête pour attendre ceux qui sont… un peu plus admiratifs de la nature. Au bout de quatre kilomètres, la fatigue se fait sentir pour ceux qui n'ont pas l'habitude, plus l'habitude de marcher.

 

Peu importe, ils continueront. Pour ne pas gâcher la fête, pour ne pas gâcher le plaisir des autres. Quelques kilomètres plus loin, les plus en formes aideront les moins vaillants.

 

Une camarade de l'assoc. "encore dedans" peine depuis le début. Les amis(es) se relayent pour l'épauler, même un copain qui a des problèmes de hanches l'accompagnera.

 

De cette randonnée, je ne retiendrai que ces deux images : Les copains qui se soutiennent les uns les autres en faisant abstraction de leur propre souffrance, cette copine qui malgré la fatigue, la douleur ira jusqu'au bout…

 

Cette solidarité, cette abnégation dans l'effort et la fatigue est à l'image du groupe d'anciens buveurs que nous formons à CERGY PONTOISE. Cela présage bien des solutions, bien des "possibles" pour certains d'entre nous.

 

Merci à vous les amies et amis de l'association de m'avoir montré, remontré cela.

 

Merci à Toi, Christiane d'avoir tenu, serré les dents et fini cette randonnée de dix neuf kilomètres pour nous, pour Toi.

 

Parce que finalement cette randonnée annoncée à quinze Kms en faisait dix neuf, voire vingt…

 

 

 

October 08

42...

42…

 

Il y a quelques jours, je suis allé à l'enterrement d'un copain de l'association. Lors de l'oraison, j'ai appris qu'il avait au moins 22 ans d'alcool. Il y a trois semaines, nous lui avions parlé, il nous avait dit "gérer" son alcool.

 

Gérer son alcool. Combien de fois ai-je entendu cela ? Combien de fois ai-je entendu "Je gère très bien, très très bien même." Combien de fois t'ai je entendu le dire, mon ami ? mes amis (es) ? Quand un jour, le téléphone d'Elisabeth a sonné et j'ai compris que c'était l'annonce d'une sale nouvelle. C'était ta mère qui nous annonçait de ton départ, Ami.

 

Nous nous sommes posés bien des questions. Avions nous fait ce qu'il fallait pour retarder, t'empêcher de continuer à boire, à t'anesthésier, te détruire ? As tu eu le temps de bien comprendre ce que l'on te disait ? Ce que tous à l'association t'ont témoigné, que l'on peut arrêter notre alcool et en Vivre Heureux et Libres !!!

 

La fin du voyage, la mort, ce départ vers autre chose pour moi, la fin de tout pour d'autres, peu importe, de toute façon un départ définitif. C'est inéluctable pour chacun d'entre nous, "normaux", alcooliques, seulement pour nous, faire le choix d'arrêter notre alcool nous permet bien souvent d'aller un peu plus loin dans cette Vie, sur cette Terre.

 

Parce que l'on ne sait pas ce qui se passe après, j'aurais tendance à dire qu'on s'en fout quand on est seul.

 

Ton fils. Silencieux, malheureux, entouré de ta/sa famille mais perdu, je le revois tous les matins depuis ton départ. Je le vois… Ce sentiment de profonde tristesse qui m'envahit quand je le vois… Je ne sais pas quoi dire comme bien souvent quand quelqu'un part, je ne préfère rien dire parce qu'au final cela ne sert à rien. Je pense qu'être là suffit à dire sa peine et faire savoir ce que l'on ressent.

 

Ami(e) dans l'alcool, je t'ai souvent dit qu'il te fallait t'arrêter pour Toi et non pour Ta famille, les gens qui t'aiment. Je crois m'être trompé…

 

Arrête Toi !!! Quelqu'en soit la raison, cela te permettra de mieux comprendre ton alcool, de réfléchir à la Vie, à son sens, à ce qui est important et ce qui l'est moins.

 

Ami(e) encore dans l'alcool, réjouis Toi. Tu es encore en Vie. Pense à Pascal, Pense à son Fils…

 

Pascal avait 42 ans…

 

Bon voyage à Toi, mon Ami.

October 03

Y'en a marre !!!

Un coup de “gueule“, sacré coup de gueule de Ma Elisabeth… L'alcool est une maladie certes, mais c'est une des rares maladies que l'on peut soigner avec un médicament en accès libre et gratuit en termes d'euro. Ce médicament est en nous, il est nous…

 

YENAMARRE

 

Marre de trembler, de larmoyer sur notre sort.

Marre de se complaire dans la déchéance.

Marre de pleurer des larmes que nous n’avons plus et que nous inventons.

Marre du regard triste voire dégoûté de notre entourage.

Marre de ne pas être fiable au regard de la société.

Marre du jugement des autres.

Marre de survivre dans la peur de la journée et du lendemain.

Marre des hurlements des nuits de cauchemars.

Marre d’être sale, suintant et mal odorant.

Marre de vivre de mensonges et de tromperies.

Marre de cet isolement dans lequel nous nous réfugions.

Marre de voir défiler les années et notre vie comme des spectateurs.

Marre de ne pas EXISTER !

MARRE DE N’ETRE PLUS RIEN !

 

Oui c’est la révolution,

C’est la révolution dans ma tête.

Je suis révoltée par tant de faiblesse physique et mentale.

 

Faut-il voir mourir autant de camarades pour se lever et dire enfin NON à l’alcool ?

 

Où donc est passée notre fierté personnelle ?

Surement pas dans le miroir, nous ne pouvons plus nous regarder...tellement on se fait peur !!!

 

Qui est le maître ? Notre alcool... ou bien NOUS ?

STOP !!! Il faut vivre et être fiers de nous !!!

 

 - DECIDONS, nous faisons le choix de ne plus boire.

 - REFUSONS le droit au dérapage !!!.

 

Il n’y a pas d’alternative ni de miracle, les seules et uniques personnes qui doivent prendre la décision d’arrêter l’alcool, c’est NOUS.

Personne ne peut le faire à notre place.

 

C’est de cette façon que j’ai pris la décision de prendre la route de l’abstinence.

J’ai fait le bilan de mon état d’alcoolique et j’ai entrevu un avenir meilleur, beaucoup plus harmonieux car j’ai décidé de le construire.

 

Aujourd’hui cela fait plus de deux ans. Je suis fière de mon parcours et volontaire pour préserver ma lutte.

Lorsque l’on s’engage dans ce combat, on signe un contrat avec soi même.

 

« Je rentre en guerre contre moi-même.

 

Oui je vais souffrir mais je sais ce que je veux.

 

Je suis à moi seul le signataire et l’initiateur de ma décision. »

 

Elisabeth.

September 24

Permanences...

24/09/07.

 

Permanence…

 

A l'association, nous assurons des permanences hebdomadaires. Ces permanences, réunions d'anciens buveurs et d'anciens buveurs en devenir sont animés par des militants. Les animateurs ont la charge d'orienter le débat de manière à ce que chacun puisse s'exprimer, bien sûr, mais pas seulement.

 

Il/elle devrait aussi s'assurer que ceux qui ne parlent pas ou peu, puissent avoir l'occasion de dire leurs ressentis par rapport à la situation ou à leur situation propre. L'animateur doit donc avoir assez de sensibilité pour déceler la personne qui va mal.

 

Et bien souvent, c'est souvent ceux qui “pleurent" le moins fort qui ont le plus mal. Décrypter les demi-mots, les attitudes, les regards qui en disent souvent long sur l'état d'esprit, la détresse du vis-à-vis.

 

Tout cela en un temps imparti qui n'est pas extensible… Un œil sur la pendule et un œil sur l'assemblée. Il se doit aussi de ne pas trop parler, le but étant que chacun puisse s'exprimer librement.

 

J'observe, pousse souvent les timides à parler, demande aux autres de réagir, de donner leurs avis. Je donne aussi mon avis et des fois, me révolte. Cette réunion ci, j'ai le sentiment d'être allé un peu trop loin. Parce qu'un copain est sorti de cure et à rebu cinq minutes après en être sorti, je suis sorti de mes gonds parce que cela a fait rire…

 

Non, cela ne me fait pas rire. Je repense à cette femme que j'ai accompagnée aux urgences parce qu'elle n'en pouvait plus de son alcool, du milieu familial, social, des tracas judiciaires dans lesquels elle évoluait. Qui avait même finit par accepter d'aller aux urgences psy pour pouvoir se faire admettre en cure de sevrage et qui finalement s'est retrouvée “éjectée“ de ces services, contrainte de retourner se faire tabasser par son ami et ses propres enfants.

 

Non, cela ne m'a pas fait rire du tout.

 

J'ai donné mon avis. Cela n'a pas été tendre.

 

En tant qu'animateur, je peux donner mon avis. Mais j'ai eu le sentiment de profiter de mon statut d'animateur pour asséner ma vérité. Je ne sais pas si ce que j'ai fait est bien, ce que je sais c'est que je suis de plus en plus engagé dans cette lutte. Que ce que j'ai vu, vécu aussi en accompagnant me rend plus dur, plus noir…

 

Il est peut-être temps de passer la main…

 

 

 

  

September 09

Trois mois...

Trois mois…

 

Il y a environ dix ans, j'étais chef d'équipe en mécanique poids-lourds. Promu chef d'équipe, j'ai alors, pour faire mes premières armes, été muté dans une agence où la discipline et l'ordre ne régnait plus.

 

Premières armes pour de toutes nouvelles fonctions, ma première mission a été de faire un peu de nettoyage. Le nettoyage consistait à virer, trouver les motifs légaux pour licencier un des meneurs de l'équipe.

 

J'étais jeune et sans expérience, un peu "tout fou" par rapport à cette "promotion". J'ai fait. Comme tout agent de maîtrise, comme tout nouveau "chef", j'ai été testé par les hommes (c'est normal). Les accrochages ont été plus violent qu'ailleurs, accrochages verbaux, physiques et finalement menaces de mort aussi.

 

La direction de l'époque m'avait délesté du sale boulot lorsqu'elle a fini par apprendre que des menaces aussi lourdes pesaient sur ma petite personne. Les accrochages se sont fait de plus en plus espacés, les hommes ont appris à me connaître, puis à m'apprécier et à être enfin de nouveau productifs.

 

De mon côté, j'ai appris leurs rancoeurs, leurs griefs vis-à-vis de la direction, de l'entreprise. Mon sale boulot, le sale boulot, le pire de ma vie de salarié ne m'autorisait pas à abonder dans leur sens.

 

Connaître les hommes avec qui on travaille, les apprécier, les comprendre et les approuver mais être tout de même l'outil de répression de l'entreprise. C'était la mission, le sale boulot. J'ai fait…

 

En m'asseyant sur ma conscience, j'ai été cet outil. Je buvais avant cette mission. J'ai commencé à boire jour et nuit pour la mener à bien. C'est plus simple, c'est plus anesthésiant pour la conscience, et aussi pour tenir la violence de ces accrochages.

 

Quand l'équipe s'est reprise au bout de six mois, lorsque la mission avait été mené à bien. J'ai demandé mon licenciement. Ils ont accepté, je suis parti.

 

J'ai continué à boire, boire…

 

Lorsque dix ans après, on m'a proposé une mission d'intérim sur cette société là. J'ai réfléchi, j'ai hésité entre les deux propositions d’emploi que l’on me faisait à l’époque. Des deux, j'ai retenu la seconde. La moins attrayante au niveau financier et kilométrique, je suis revenu sur le "lieu du crime".

 

C'est important de connaître ses propres limites. Savoir jusqu'où l'on peut aller sans retomber, rechuter. Jeu dangereux…

 

Début de mission, un emploi de mécanicien poids-lourds pour commencer dans la boite, j'ai aimé cette ambiance de franche camaraderie, de solidarité. Dans ce métier, travailler seul équivaut à se casser très vite le dos. Au bout d'un mois, la direction régionale s'est aperçu que j'étais revenu.

 

Long entretien d'embauche (2H00, où j'ai exposé mes griefs sur mon expérience d'il y a dix ans) pour un poste de chef d'équipe (tiens, tiens…), j'ai demandé à réfléchir. En espérant un refus, j'ai envoyé une contre proposition en plaçant la barre plus haut au niveau financier. Accord de leur part.

 

J'avais demandé un CDD en lieu et place du CDI proposé. Trois mois… Cela fait trois mois que je suis ici, l'équipe m'a testé, puis accepté. Aucune commune mesure avec ce que j'ai connu à Trappes (il y a dix ans).

 

Ce qui a changé, je suis plus âgé, moins naïf. Plus déterminé à vivre dans le respect de mes règles, de ma conscience, je fais. Trois mois se sont écoulés, les accrochages ont été parfois violent verbalement. L'interlocuteur n'est plus le même.

 

Pour ce qui est justifié, il est normal de "plomber" un mécano parce que ses erreurs sont trop redondantes. Pour ce qui est injustifié, il me paraît juste de les couvrir…

 

Ca ne plait pas toujours… notamment à ma hiérarchie.

 

Je mets fin à ce contrat. Je pourrai le transformer en un "confortable" CDI au détriment de ma conscience. Je me rappelle, il y a dix ans m'être accommodé de cela six mois durant. Je me rappelle aussi ce que mon alcool a coûté aux miens, m'a coûté aussi.  Et je fais ce choix.

 

J'ai eu un moment peur que ce refus d'engagement soit une fuite.  Peut-être… J'y réfléchis et cherche une réponse, c'est important.

 

Il est une chose qui est sure, je fais désormais selon ma conscience. Cela me coûte en terme financier.

 

Pas de mot de la fin sur ce billet, c'est juste une tranche de ma vie.

  

July 22

Absence...

22/07/07.

 

Absence…

 

Plus de deux mois que je n'ai pas déposé de billet sur ce blog. Deux mois, cela passe vite, de nombreuses fois, j'ai eu envie d'écrire, d'y laisser mon sentiment quant à telle situation ou telle autre. Je ne l'ai pas fait.

 

Le travail n'explique pas tout. De ce que je vois à l'association, des personnes que nous accompagnons, des mensonges que l'on nous donne en vérité pour des rechutes "excusables", "inexcusables". De la fausseté de certains sentiments, de la trahison des proches vis-à-vis de leur malade et de nous autres accompagnants, j'ai eu un temps de la lassitude et l'envie de faire autre chose.

 

Deux mois et combien de rechutes d'amis dans l'alcool ? Trop de toutes façons…

Diplomatie, fermeté, dureté et bien d'autres méthodes, j'ai usé. Aujourd'hui, après mes trois petites années d'accompagnement, je crois que le seul discours adapté est le suivant.

 

Il n'y a pas de raisons valables de reboire, de boire comme nous le faisons.

 

Accepter cela, c'est aussi dire que nous sommes les seuls à décider. Les seuls à décider ce que l'on boira et pourquoi on le boira. Les seuls à décider de recommencer à boire ou non. Les seuls à décider de notre Vie, de notre Destin aussi.

 

Que mon rôle en tant que militant est d'accompagner, informer le camarade dans l'alcool des solutions et méthodes éprouvés pour s'arrêter de boire. De le lui répéter si besoin était. Notre rôle est un rôle d'information, de soutien et en aucuns cas d'assistanat.

 

Après ces trois petites années, j'ai accompagné, des fois jours et nuits, des personnes "encore dedans", j'ai même été jusqu'à les suivre en prison pour y distiller mon discours anti-alcool. Pour beaucoup d'entre eux, cela n'a rien changé.

 

Je crois que nous sommes Libres. Libres de nos choix, dans une journée d'alcoolique, il y a une poignée de secondes où nous faisons ce choix. A ce moment, nous décidons de notre journée. Quand nous sommes dans l'alcool, ce choix se résume de toutes façons à faire le choix d'une journée de M… ou le choix d'une journée de M… avec à la clé l'espoir d'une Vie meilleure.

 

Dans un cas, on décide de s'affronter soi-même, nos crises de manque, d'angoisse, dans l'autre, pas de commentaire, une continuité dans notre course vers la fin… S'affronter soi-même, c'est le pire combat qu'un homme ou une femme ait à mener. Le décider et entamer cette lutte est déjà une victoire en soi avec l'espoir et souvent une Vie meilleure à l'issue.

 

Enfin, je reviens à mes petits problèmes de foi. Je vois bons nombres de militants (es) se miner physiquement (je ne plaisante pas) et psychologiquement en accompagnant. J'ai été l'un d'entre eux. Et cela me désole.

 

A ces militants, j'ai envie de dire qu'en face d'eux, il y a des hommes, des femmes qui ont fait en une poignée de secondes un choix. Que ce choix, et quelque soit ce choix, est respectable. Que notre rôle de militant est d'aider, d'informer et non de faire le bonheur (du moins cette certaine idée du bonheur commune à nous autre militant c'est à dire la Vie sans alcool) malgré le camarade "encore dedans".

 

Qu'une fois assuré que l'information est bien passée, bien comprise, que la personne que nous accompagnons a bien acquis que nous serons toujours là dans son combat contre son alcool à ses côtés, nous pouvons la laisser à son choix d'alcool ou au contraire de l'accompagner dans son choix d'abstinence.

 

Et qu'en aucun cas et quoiqu'il arrive par la suite, nous ne pouvons nous rendre responsable d'une issue funeste ou au contraire se placer comme sauveur de la personne que nous accompagnons et qui s'est elle-même sortie d'alcool.  

 

Je n'ai pas baissé les bras en écrivant ces quelques lignes. Chacun d'entre nous peut reprendre sa Vie en main. Tout est question d'information, d'aide à la décision des fois, le choix nous appartient à nous seuls, malades.

 

Les témoignages, les conseils désintéressés, le simple exemple de nos rémissions sont à eux seuls des outils pour arrêter ton alcool.

 

Ami encore dedans et qui crois que je te lâche, regarde bien qui te lâche.

 

Ne te perds pas à chercher le décideur de ta Vie, ta Destinée… c'est Toi.

 

 

  

May 17

Le temps...

17/05/07.

 

Temps…

 

Depuis plusieurs mois, je cours après le temps… Le temps…

 

Course effrénée pour rembourser les dettes de la boite, pour accompagner les copains dans l'alcool, pour faire ma compta de la boite, pour bosser dans une 2éme boite en intérim.

 

Cela me laisse peu de temps pour être avec ma compagne, peu de temps pour être parmi les miens et aussi peu de temps pour me retrouver seul avec moi-même. Octobre 2006, on ferme le local commercial de la boite, nos créanciers sont déjà là depuis longtemps mais se font plus pressant.

 

Le chiffre d'affaire étant ce qu'il est, je me décide à reprendre un boulot. Aussitôt dit et presque aussitôt fait. Depuis décembre, j'enchaîne mission sur mission avec succès (on me propose des CDI à chaque fois…). Mais la pression est là, les créanciers sont là, faire une croix sur 20% de salaire (prime de précarité & congés payés) me paraît être le mauvais choix.

 

Plus vite je me débarrasse de ces boulets de créanciers, mieux je me porterai.

 

J'oubliais que l'on est ici pour parler d'alcool…

 

2H00 de route, 8H00 de boulot (repas compris), 1H30 à 2H00 d'administratif (compta, courrier pour la boite), cela couvre en terme de boulot entre 11H30 et 12H00 dans une journée.

 

Le sentiment de frustration de n'avoir pas pu tout réalisé dans la journée est très présent. Ne pas m'être correctement occupé des miens, de ma compagne, de mon Smotto, parce que trop pris par mes bidouilles financières de fin de mois (qui seront peut-être un jour la fin de moi tout court).

 

Le sentiment que l'on m'en demande toujours plus ou plutôt que je m'en demande toujours plus, que je n'y arriverai pas, que je ne parviendrai pas à "intégrer" tout ce que je dois prendre en "ligne de compte", situation personnelle (famille, couple), financière de la boite et personnelle (les deux sont intimement liées maintenant), que je sens que notre histoire bat de l'aile et que le temps me manque pour rattraper les erreurs que je commets.

 

Toutes ces émotions, sentiments, la vitesse à laquelle s'enchaîne les tâches à accomplir font qu'il m'arrive sérieusement de penser qu'un verre ne serait pas de trop pour détendre "l'élastique". Qu'un petit verre me permettrait de relâcher un peu de pression, d'être détendu et être un peu plus souriant et rigolard comme je sais l'être.

 

Facile, tout est si facile…

 

Et tout de suite après avoir pensé cela, je me souviens que dans l'alcool je pouvais tout assumer, boulot, responsabilité professionnelle, pression. AH, ça !!! J'assumais tout et même avec brio compte tenu de la situation d'alors.

 

J'assumais même tous mes lendemains d'alcool, autant dire tous les jours. Pire encore j'assumais mon égoïsme, mon amour sans partage pour mon alcool, le mal que je faisais aux miens. De ces deux comportements, celui d'alors et celui d'aujourd'hui, je ne sais presque pas quoi penser… Lequel des deux est le meilleur, le moins pire.

 

La frontière entre Alcoolique et Hors d'alcool est ténue.

 

Je tiens…

 

Ami, ne pense pas trop dans ces moments-là, ne bois pas. Demain sera meilleur…

April 11

Un autre moi-même...

11/04/07.

 

Un autre moi-même...

 

Un autre moi-même, je l'ai souvent dit, écrit pour désigner les personnes que j'accompagne dans leur alcool. Je suis pareil à eux En ce qui concerne l'alcool, il y a juste une différence dans le temps. Ils sont moi, hier, peut-être demain. Je suis eux, demain...

 

C'est différent avec Toi, Laurent. Nous sommes si proches par nos actions dans l'alcool. Je retrouve la même violence, les mêmes "flash-back", la même haine dirigée à l'encontre de la Terre entière. Je me retrouve dans mes années alcool, je retrouve tous mes "bons" souvenirs…

 

Comme Toi, j'étais toujours sur la défensive. Comme Toi, je préférais souvent l'attaque à l'attente des questions qui "fâchent" Pourquoi tu bois ? Pourquoi ci et ça… Alors j'attaquais souvent avant qu'en face on ouvre la bouche.

 

En face. En face, mes proches qui cherchaient à me comprendre, parler pour comprendre, comprendre pour aider. A l'époque, je prenais cela comme une ingérence dans ma Vie, mon choix de Vie : L'alcool. Ha, c'est sûr !!! Personne n'a à me dire ce que j'ai à faire, encore moins à boire.

 

Seulement ces ennemis ne me voulaient que du bien et moi, je n'arrivais plus à faire la part des choses ou plutôt, je ne voulais plus faire la part des choses. Seul comptait mon alcool et l'oubli qu'il me procurait. J'adore cela : Ne plus penser, ne plus voir, ne plus entendre.

 

C'est une certitude, j'ai adoré l'alcool pour ce qu'il me procurait. J'ai adoré ne plus penser, ne plus voir, ne plus entendre. C'est fort.

 

Dans le même temps, je n'ai pas apprécié tout détruire, le savoir et tout de même faire le choix de détruire quand même. Arrivé à un certain stade, j'ai fait le choix. J'ai fait le choix de ne vraiment plus voir, de ne vraiment plus entendre et surtout de ne plus penser.

 

Je n'ai plus entendu les questions de ma Mère, je n'ai plus entendu ses pleurs, ni vu sa tristesse, sa détresse pour ce fils que rien ne pouvait sortir de son coma éveillé, de son alcool. Ni ses mots, ni ses pleurs, ni sa mort n'ont arrêté Mon alcool.

 

Ils étaient nombreux avec moi, à mes côtés et non en face, ils sont ma famille. Ils sont encore à mes côtés, je ne l'ai compris que trop tard. Trop tard pour voir de nouveau, le sourire et la Paix dans le regard de ma mère.

 

Tu arrêteras un jour de boire, Laurent. Nous arrêtons tous de boire un jour ou l'autre. Décide de ne plus détruire, décide de Ta Vie. Laisse Toi une chance de pouvoir Vivre sans le poids de tes erreurs. Il n'est jamais trop tard pour cesser de boire.

 

Plus le temps passe dans ton alcool, plus tu multiplies tes erreurs. Il te faudra vivre ensuite avec le poids de tes erreurs, ta culpabilité, tes remords, regrets.

 

Accepte de souffrir, accepte la Vie comme elle vient. Décide enfin de Vivre, de souffrir, de pleurer, de rire… Sans boire.

 

A Toi, Ami encore dedans.

 

March 26

Détresse au féminin...

Dans la section du MAB que je fréquente une très très très bonne amie a créé un journal "Le vecteur". Ce journal permet aux personnes qui le désirent de témoigner, de livrer leur expérience de l'alcool, qu'elles soient proches de malade ou malade elles-mêmes. C'est un de ces témoignages paru dans le journal que je recopie ici. Il est anonyme… D'ailleurs Fanny m'a surtout recommandé de ne pas la citer. Oups…

 

 

La détresse au féminin

 

 

Elle pousse la porte du bar tabac, s’achète des cigarettes, jetant un œil discret aux  « consommateurs autorisés », aux rigolos de service, toujours enclins à la blague, bénéficiant de leur statut politiquement correct. Les rires fusent, gras et graves, l’ambiance est enfumée, virile et semble bonne enfant… si ce n’est que les regards sont hagards et les discours pas toujours cohérents.

Ils sont tous  « amis », potes de comptoir… des habitués. On leur fait crédit. De temps en temps ils offrent une tournée. Ils tutoient le patron qui sert des verres encore et encore, sans parcimonie aucune… C’est comme un rituel : les hommes de la tribu se retrouvent entre eux et parlent… peu à peu emportés par les effets pervers de l’alcool.

 

Avant de rentrer, elle passe chez l’épicier, choisit rapidement une bouteille, pas trop chère, pas trop bonne… Quelle importance que ce soit un grand crû ou pas ? elle ne va pas la partager. Elle était conviée chez des amis (les rares qui lui restent) ce soir, mais elle a préféré décliner inventant un prétexte fallacieux, afin de rester « tranquille » chez elle.

Sur le trajet, elle accélère le pas, imaginant la soirée qu’elle va passer… Seule ? non. Sa bouteille, qu’elle serre davantage tout en marchant, est son amie, sa compagne pour aller au bout de la nuit.

Elle est impatiente de rentrer. Si elle s’écoutait, ce qui arrive parfois, elle se cacherait dans un coin sombre et l’ouvrirait tout de suite.

Elle résiste à l’envie de le faire. Elle maîtrise pour un temps la pulsion. 

Ca y est, elle est arrivée. Elle ne pense plus à rien… ou plutôt qu’à une chose.

 

Elle est seule, désespérément seule. Elle se cache du monde et succombe. Elle est bien loin du concept de convivialité, d’échange. Elle n’appellera personne ce soir et elle éteindra son téléphone.

 

Mais elle est triste, si triste à l’intérieur, tellement perdue… si seulement elle pouvait trouver le chemin…son chemin.

A chaque seconde sa détresse, sa peur de vivre, lui rappellent combien elle ne parvient pas à s’intégrer dans notre monde. Elle se sent si étrangère dans sa propre vie… alors elle se replie sur elle même, disparaissant peu à peu, laissant place à quelqu’un d’autre, qui ne rira jamais accoudée au comptoir, aux blagues de ses compagnons.

 

L’alcoolisme au féminin est clandestin, solitaire, culpabilisant et désociabilisant. Un homme qui boit est un bon vivant, qui fait rire, qui met l’ambiance… Quand il s’agit d’une femme, l’inconscient collectif la perçoit comme une pauvre fille… Alors elle boit seule, ignorée du monde.

« Ca n’est pas beau une femme qui boit » . Ce discours est tellement courant même émanant de malades hommes, qu’il pourrait illustrer la place de la femme au sein de notre société encore sexiste, malgré nos premiers pas dans le 21e siècle… mais ça n’est pas le propos.

 

Ce qui est essentiel, c’est d’appréhender le mal être, le double mal être d’une femme malade alcoolique. Quels que soient son histoire, son parcours, son âge, son milieu, outre sa détresse, son affliction lancinante, elle se cache de son partenaire, de sa famille, de ses amis.

Sa vie rime au quotidien avec subterfuges. Comment boire sans être vue ?

Quand sa consommation augmente et qu’il n’y a pas de grandes surfaces anonymes dans son quartier, quand elle le peut, elle change d’épicier ou sinon, invente des prétextes : une soirée, des invités, un cadeau… L’épicier n’est pas dupe et d’ailleurs il s’en fiche, il est là pour lui vendre, 2 fois ou plus dans une même soirée.

Ce dernier est sans doute la personne avec qui elle a noué les relations les plus soutenues de son agenda.

Elle ment, elle passe son temps à mentir. Personne ne doit savoir qu’elle boit. Et même quand le doute n’est pas permis, elle continue à jurer par tous les saints du ciel qu ‘elle n’a pas consommé.

Le mensonge est sa 2e nature, tout comme la culpabilité, le dégoût d’elle-même, l’auto flagellation . Elle ment à tout le monde « c’est juste un petit verre, rien de plus »,

 mais surtout à elle-même. Elle a honte, tellement honte de penser n’être que ce qu’elle est, et ce regard des autres qu’elle tente désespérément d’interpréter, elle qui se voit telle la femme indigne, indigne d’être femme, indigne d’être mère, indigne d’être aimée… Son estime d’elle même est inversement proportionnelle à son taux d’alcoolisation.

 

Au milieu de la nuit sans étoiles, elle s’endort… apaisée ? je ne crois pas. Elle n’a pas éteint la télé, sans doute que le silence la terrorise, ce silence qui hurle ce qu’elle voit d’elle : une moins que rien. Nous qui l’aimons, savons qu’elle ne se voit pas.

Et le lendemain matin, elle se réveillera d’un long cauchemar qui n’a de cesse de la hanter, de jour comme de nuit.

Elle regardera son image dans le miroir. Ce reflet qui peu à peu l’éloigne de sa jeunesse, des dictats de la mode desquels les femmes sont si souvent dépendantes. Ce reflet, elle le hait si fort, que bien des fois, elle a voulu faire voler la glace en éclat. 

 

Ai je évoqué sa détresse ? oui… elle doit subsister avec la désespérance commune à tous les malades, plus celle inhérente à son statut de femme alcoolique.

 

Et elle est triste, si triste à l’intérieur, tellement perdue…

 

Dans notre société, pour qu’une femme devienne addict, faut-il qu’elle souffre vraiment, faut-il qu’elle ait été traumatisée, faut-il qu’elle ait vécu des situations dramatiques… parce que du jour où elle devient dépendante, elle doit vivre aux yeux du monde, avec le statut de paria, incapable de tenir son rôle de femme, de mère.

 

Je sais qu’un jour tu guériras. J’ai foi en toi, en la vie. Quoiqu’ils disent, quoiqu’ils pensent, si tu es sur cette terre c’est pour accomplir quelque chose, comme nous tous. Aie confiance en toi. Il est des trésors qui sommeillent en toi que tu ne soupçonnes même pas. Exploite les.  Retrouve toi. Tu n’es ni ne seras jamais seule.

 

Merci à toi Elisabeth, de me permettre de dire ce que j’ai sur le cœur.

 
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