Guy 的个人资料22 Ans d'alcool, constru...照片日志列表更多 工具 帮助
9月24日

Permanences...

24/09/07.

 

Permanence…

 

A l'association, nous assurons des permanences hebdomadaires. Ces permanences, réunions d'anciens buveurs et d'anciens buveurs en devenir sont animés par des militants. Les animateurs ont la charge d'orienter le débat de manière à ce que chacun puisse s'exprimer, bien sûr, mais pas seulement.

 

Il/elle devrait aussi s'assurer que ceux qui ne parlent pas ou peu, puissent avoir l'occasion de dire leurs ressentis par rapport à la situation ou à leur situation propre. L'animateur doit donc avoir assez de sensibilité pour déceler la personne qui va mal.

 

Et bien souvent, c'est souvent ceux qui “pleurent" le moins fort qui ont le plus mal. Décrypter les demi-mots, les attitudes, les regards qui en disent souvent long sur l'état d'esprit, la détresse du vis-à-vis.

 

Tout cela en un temps imparti qui n'est pas extensible… Un œil sur la pendule et un œil sur l'assemblée. Il se doit aussi de ne pas trop parler, le but étant que chacun puisse s'exprimer librement.

 

J'observe, pousse souvent les timides à parler, demande aux autres de réagir, de donner leurs avis. Je donne aussi mon avis et des fois, me révolte. Cette réunion ci, j'ai le sentiment d'être allé un peu trop loin. Parce qu'un copain est sorti de cure et à rebu cinq minutes après en être sorti, je suis sorti de mes gonds parce que cela a fait rire…

 

Non, cela ne me fait pas rire. Je repense à cette femme que j'ai accompagnée aux urgences parce qu'elle n'en pouvait plus de son alcool, du milieu familial, social, des tracas judiciaires dans lesquels elle évoluait. Qui avait même finit par accepter d'aller aux urgences psy pour pouvoir se faire admettre en cure de sevrage et qui finalement s'est retrouvée “éjectée“ de ces services, contrainte de retourner se faire tabasser par son ami et ses propres enfants.

 

Non, cela ne m'a pas fait rire du tout.

 

J'ai donné mon avis. Cela n'a pas été tendre.

 

En tant qu'animateur, je peux donner mon avis. Mais j'ai eu le sentiment de profiter de mon statut d'animateur pour asséner ma vérité. Je ne sais pas si ce que j'ai fait est bien, ce que je sais c'est que je suis de plus en plus engagé dans cette lutte. Que ce que j'ai vu, vécu aussi en accompagnant me rend plus dur, plus noir…

 

Il est peut-être temps de passer la main…

 

 

 

  

9月9日

Trois mois...

Trois mois…

 

Il y a environ dix ans, j'étais chef d'équipe en mécanique poids-lourds. Promu chef d'équipe, j'ai alors, pour faire mes premières armes, été muté dans une agence où la discipline et l'ordre ne régnait plus.

 

Premières armes pour de toutes nouvelles fonctions, ma première mission a été de faire un peu de nettoyage. Le nettoyage consistait à virer, trouver les motifs légaux pour licencier un des meneurs de l'équipe.

 

J'étais jeune et sans expérience, un peu "tout fou" par rapport à cette "promotion". J'ai fait. Comme tout agent de maîtrise, comme tout nouveau "chef", j'ai été testé par les hommes (c'est normal). Les accrochages ont été plus violent qu'ailleurs, accrochages verbaux, physiques et finalement menaces de mort aussi.

 

La direction de l'époque m'avait délesté du sale boulot lorsqu'elle a fini par apprendre que des menaces aussi lourdes pesaient sur ma petite personne. Les accrochages se sont fait de plus en plus espacés, les hommes ont appris à me connaître, puis à m'apprécier et à être enfin de nouveau productifs.

 

De mon côté, j'ai appris leurs rancoeurs, leurs griefs vis-à-vis de la direction, de l'entreprise. Mon sale boulot, le sale boulot, le pire de ma vie de salarié ne m'autorisait pas à abonder dans leur sens.

 

Connaître les hommes avec qui on travaille, les apprécier, les comprendre et les approuver mais être tout de même l'outil de répression de l'entreprise. C'était la mission, le sale boulot. J'ai fait…

 

En m'asseyant sur ma conscience, j'ai été cet outil. Je buvais avant cette mission. J'ai commencé à boire jour et nuit pour la mener à bien. C'est plus simple, c'est plus anesthésiant pour la conscience, et aussi pour tenir la violence de ces accrochages.

 

Quand l'équipe s'est reprise au bout de six mois, lorsque la mission avait été mené à bien. J'ai demandé mon licenciement. Ils ont accepté, je suis parti.

 

J'ai continué à boire, boire…

 

Lorsque dix ans après, on m'a proposé une mission d'intérim sur cette société là. J'ai réfléchi, j'ai hésité entre les deux propositions d’emploi que l’on me faisait à l’époque. Des deux, j'ai retenu la seconde. La moins attrayante au niveau financier et kilométrique, je suis revenu sur le "lieu du crime".

 

C'est important de connaître ses propres limites. Savoir jusqu'où l'on peut aller sans retomber, rechuter. Jeu dangereux…

 

Début de mission, un emploi de mécanicien poids-lourds pour commencer dans la boite, j'ai aimé cette ambiance de franche camaraderie, de solidarité. Dans ce métier, travailler seul équivaut à se casser très vite le dos. Au bout d'un mois, la direction régionale s'est aperçu que j'étais revenu.

 

Long entretien d'embauche (2H00, où j'ai exposé mes griefs sur mon expérience d'il y a dix ans) pour un poste de chef d'équipe (tiens, tiens…), j'ai demandé à réfléchir. En espérant un refus, j'ai envoyé une contre proposition en plaçant la barre plus haut au niveau financier. Accord de leur part.

 

J'avais demandé un CDD en lieu et place du CDI proposé. Trois mois… Cela fait trois mois que je suis ici, l'équipe m'a testé, puis accepté. Aucune commune mesure avec ce que j'ai connu à Trappes (il y a dix ans).

 

Ce qui a changé, je suis plus âgé, moins naïf. Plus déterminé à vivre dans le respect de mes règles, de ma conscience, je fais. Trois mois se sont écoulés, les accrochages ont été parfois violent verbalement. L'interlocuteur n'est plus le même.

 

Pour ce qui est justifié, il est normal de "plomber" un mécano parce que ses erreurs sont trop redondantes. Pour ce qui est injustifié, il me paraît juste de les couvrir…

 

Ca ne plait pas toujours… notamment à ma hiérarchie.

 

Je mets fin à ce contrat. Je pourrai le transformer en un "confortable" CDI au détriment de ma conscience. Je me rappelle, il y a dix ans m'être accommodé de cela six mois durant. Je me rappelle aussi ce que mon alcool a coûté aux miens, m'a coûté aussi.  Et je fais ce choix.

 

J'ai eu un moment peur que ce refus d'engagement soit une fuite.  Peut-être… J'y réfléchis et cherche une réponse, c'est important.

 

Il est une chose qui est sure, je fais désormais selon ma conscience. Cela me coûte en terme financier.

 

Pas de mot de la fin sur ce billet, c'est juste une tranche de ma vie.